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Hommage à ma grand-mère

Un projet de recueil était en cours, organisé par une maison d’éditions.

Le sujet « la Grande Guerre ». 1918-2018, bientôt le Centenaire de la fin de ce conflit mondial. En mémoire de nos soldats et arrières-grands parents disparus dans cet effroyable drame, les Editions d’Un Autre Ailleurs » invitaient à écrire une nouvelle librement inspirée de la Grande Guerre.

Il fallait écrire entre 2500 et 4000 mots, amour et humour étaient appréciés. Faire rire sur la guerre, c’est quelque chose que je ne pouvais pas faire. Alors, j’avais choisi l’amour parce que l’amour est universel, intemporel et international.

J’ai donc écrit « Les Aulnes ».

J’avais retrouvé une photo de ma grand-mère maternelle, Germaine Collet, écrivaine à ses heures et poétesse. Ainsi, par « Les Aulnes », c’est un hommage à sa mémoire que je lui rendais. Indirectement, par ma mère, elle m’avait transmis son talent.

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Il n’y a pas à dire, l’espoir fait vivre, mais au-delà de tout ce que l’on peut penser sur cette énergie qui nous porte à croire en des choses souvent insaisissables, la réalité des faits nous impose une réalité qui peut être parfois douloureuse.

Ce projet de recueil n’a pas abouti, faute de textes ayant été envoyé aux organisateurs.

Mais je tiens à ce que cet hommage fait à ma grand-mère maternelle perdure dans le temps. Il n’y aura donc pas de version papier où « les Aulnes » aurait côtoyé d’autres récits, mais une version numérique sur « Les enfants de papier », car cette nouvelle est un peu mon enfant et elle mérite d’être non seulement lisible, mais visible.

Vous pouvez la découvrir ci-dessous :

LES AULNES

Je ne sais pas à quel moment j’ai commencé à pleurer. Des larmes brûlantes comme le sel sur mes blessures. Cela ne pouvait pas être la joie, sans doute parce que tu n’étais plus près de moi. Des frissons parcouraient mon corps. J’avais la fièvre, une sensation désespérée étreignait mon âme : nous étions libres, loin, très loin de l’enfer où nous avions vécu. Les Ardennes n’étaient plus qu’un chaos. Et c’est dans cette terre labourée du sang des soldats que toi, mon amour, tu reposes. Sans que jamais je ne t’aie retrouvé.

Où es-tu ?

Je me raccroche à l’idée obsédante que tu es toujours de ce monde. Tu es vivant dans mon cœur et vivant dans une vie qui ne m’appartient pas. Je t’imagine si fringant, si beau dans des costumes de soie… Tu as pris une maîtresse et tu as fait les enfants que je ne pouvais te donner. Je préfère croire aux choses les plus insensées que de t’imaginer mort dans les tranchées, décapité par une volée d’obus, à moitié dévoré par les rats. Tant de femmes pleurent leurs maris et leurs fils. Je ne veux pas pleurer pour toi. Je sais que tu es heureux. D’aucuns me disent folle de croire à ces choses. Je ne suis pas folle. Je veux seulement ne pas sombrer dans cette folie que les puissants nous imposent. Être fou pour ne plus penser, pour ne plus agir.

Ma mère pense que nous arriverons avant Noël, mais où cela ? Sinon, loin de cette terre qui nous a vu naître, ma famille et moi… Depuis que le train file à travers les montagnes, tout m’indiffère. La nourriture est si fade dans ma bouche et les chants des oiseaux si tristes. Nous avons quitté l’Allemagne. Nous sommes en Suisse après avoir contourné le front. Et enfin, nous reviendrons en France et cela sera la Haute-Savoie, Annemasse où personne ne nous attend. Une vie à reconstruire, ailleurs, dans les pensées qui nous lient aux absents. Comment oublier ceux qui sont restés là-bas, qui n’ont pas eu notre chance d’échapper à la guerre, même si celle-ci n’est pas finie, alors qu’il y a tant à faire. Tant à faire. Panser les plaies de nos cœurs et tenter d’oublier l’horreur.

Si tu reviens à Sedan… et tu reviendras, je le sais, car tu es ailleurs et heureux, si loin de cette boucherie humaine où les corps de tes anciens camarades de l’usine sont tombés sous les balles, tu ne nous trouveras pas, Max, sinon la famille Acoibon qui n’a pas voulu quitter sa vieille maison dont il ne reste que les murs. Ma mère, Alexandra, ta sœur et moi-même vivions dans un abri souterrain quand l’oncle Maurice a eu vent de cette incroyable nouvelle. Les Allemands ont décidé de rapatrier en France les civils qui ne représentent pas une main d’œuvre utile, les vieilles femmes, les malades et les grabataires. Ma mère n’est plus vaillante, Alexandra perd la tête et moi… je ne suis plus que le souvenir de ma jeunesse, de cette intrépidité qui t’avait tant séduit. La guerre est passée par là, cette hydre fascinante et brutale qui emporte tout sur son passage. C’est un raz de marée auquel on ne pense pas quand monte l’écume rageuse des vagues d’acier, ce bouillonnement insensé de fureur humaine où la bêtise la plus crasse côtoie le moins héroïque des courages.

Max, ta sœur pense que tu es mort, mais je sais que tu es vivant. Tu as échappé aux mitrailleuses et aux obus, tu t’es fondu dans la terre des tranchées pour réapparaître sous la forme inhabituelle d’une silhouette qui a trompé les soldats. Tu es le faune que personne n’attend, l’esprit de cette terre meurtrie où la mitraille a ruiné le bois des arbres. Les grumes contenant les éclats forment des taches bleuâtres que le menuisier reconnaît avant d’utiliser sa scie. Cela, je le sais par ton ami Hans qui a toujours eu peur de la mort et s’imagine plus volontiers dans le rôle paisible d’un pâtre que dans celui d’un guerrier.

Il y a peu encore, il me faisait la cour. Rien ne l’arrête, sinon la mort… et la mort l’a trouvé au fond du trou où il s’était dissimulé avec sa garnison. Autant dire que mes frères de sang l’ont massacré. Y a-t-il pire que la guerre quand tout s’acharne à transformer l’humain en bête féroce ? Le voisin en cancrelat ? L’ami en ennemi ? Quelle politique insensée confronte avec plaisir les populations pour en faire la nourriture que les canons ont besoin pour cracher leurs boulets ? Et les hommes n’apprennent rien des sempiternels conflits qui ont ensanglanté notre planète. Nous étions à peine sortis de celle de 1870, des Triples Alliances se confondaient aux Ententes Cordiales, quand invariablement, Arès a réveillé les appétits de nos gouvernants. Arès, le dieu de la guerre offensive et de la destruction, a toujours raison lorsque le sang appelle le sang.

Et moi, quelle idiote, je suis tombée amoureuse de toi, le réfugié, l’exilé, poète à tes heures et ouvrier à l’usine. Tu venais de la Sarre comme d’autres étaient venus de Belgique. Tu parlais si bien la langue de Goethe, Goethe dont tu connaissais tous les poèmes dont celui du « Roi des Aulnes ».

Cela commençait ainsi « Mein Vater, mein vater… »

« Mon père, mon père, et n’entends-tu pas

   Ce que le Roi des Aulnes me promet à voix basse ?

–        Sois calme, reste calme, mon enfant !

C’est le vent qui murmure dans les feuilles mortes. »

Le Roi des Aulnes est cette créature maléfique qui hante les forêts et entraîne les voyageurs vers leur mort. Telle cette machine terrifiante d’une guerre sans nom qui prend les enfants de la terre pour en abreuver ses entrailles.

Pourquoi cette malédiction qui ensanglante notre Europe ? Cette guerre sera-t-elle enfin la dernière, la « der des der » ? Y a-t-il une seule chance pour que des hommes de bonne volonté créent une Société des Nations, enfin capable de juguler les appétits des monstres qui grandissent dans les ruines fumantes des pays dévastés ? Peut-on y croire ? Y-a-t-il une seule chance pour que cela se réalise ? Une chance aussi ténue que la feuille de papier cigarette que tu utilises pour rouler ton tabac, aussi fine que le cheveu que j’ai collé sur ta photo, aussi légère que les promesses que tu me faisais, à ne pas prendre ton fusil…

Comment cela a-t-il commencé ?

Quel élément déclencheur a ruiné nos espoirs de reconstruction ? La guerre avec la Prusse était terminée, quarante-sept ans avaient passé. Malgré tout ce qu’on a pu raconter, nous n’avions pas les yeux fixés sur la ligne bleue des Vosges. C’est vrai que les Allemands nous avaient pris l’Alsace et la Lorraine, mais le début du nouveau siècle avait enterré les rancœurs. Il a fallu le « coup de Tanger » en 1905 pour que tout bascule dans l’esprit de revanche. Guillaume II n’aurait jamais dû montrer son intérêt pour le Maroc qui était notre chasse gardée. Ensuite, il y a eu la crise d’Agadir en 1911 où Berlin se faisait un plaisir d’envoyer un navire de guerre et l’affaire de Saverne en 1913 où des incidents opposèrent la population alsacienne à des militaires allemands.

Je ne me sentais pas concernée par ces manifestations d’humeur car je t’avais rencontré et l’amour que tu me portais suffisait à remplir mon cœur. Pas un instant, je n’ai douté de notre avenir. Jusqu’à ce qu’un déséquilibré assassine un prince de sang. N’y a-t-il pas eu comme un parfum funeste ? Une odeur d’outre-tombe qui s’exhale de ces moments dont on peine à mesurer l’importance ? Qu’est-ce que nous avions à voir avec la mort brutale de l’archiduc et des exigences de vengeance de l’Autriche-Hongrie ? Cela nous dépassait dans notre ordinaire, nous, gens de la terre et de la campagne. Qu’avions-nous à voir avec tout cela, sinon de devoir payer le prix fort des errements des politiques, de cet esprit revanchard qui mène à tous les conflits.

Oui, Max, je suis lasse d’avoir vu la mort emporter mes proches. Une mort dont j’ai vu les ailes gigantesques recouvrir les champs de bataille, enfumés par les gaz et cette odeur de pourriture qui ne cesse de hanter mes narines. Je veux imaginer que tu es vivant pour éviter de craindre le pire. Et ta mort… et la perpétuation du chaos dans mon cœur et dans mon âme… Quand le rideau se baissera-t-il enfin sur ce fameux théâtre des opérations militaires, théâtre si peu d’opérette, opéra sanglant dont les artifices meurtriers hantent les sillons formés par les tranchées ? Je t’aime, Max, même si aux yeux de ma mère, je passe pour une félonne. Mais quoi, est-ce ta faute si tu es tombé amoureux d’une Française, celle que tu as croisé sur le chemin en revenant de l’usine ? Te souviens-tu de notre première rencontre ? Je ne saurais évoquer les confidences que tu m’as faites après avoir chassé les guêpes qui m’avaient harcelée et dont je n’étais pas arrivée à me débarrasser. Tu avais ce courage insensé d’un homme impavide quand l’amour est en danger. L’amour sous les traits de ma jeune personne.

J’avoue, je t’avais déjà remarqué, toi, le paisible étranger qui faisait se rembrunir les anciens qui s’étaient battus contre l’armée prussienne. On disait tant de choses sur toi qu’avec le souci de braver l’autorité de mon brave père, je rêvais à une fusion avec le seul homme courtois du village, distingué personnage qui ne frayait qu’avec son ami Hans et n’allait à aucune fête. Vous vouliez monter un théâtre et jouer « le roi des Aulnes ». Cette pièce de Goethe que tu m’as fait découvrir, ma tête sur tes genoux et le livre entre tes mains. Ce poème me faisait peur, il y a tant de violences dans ces mots. Je ne pouvais pas imaginer que cette ardeur annonçait d’autres cataclysmes dont nous ferions les frais. La guerre, ce fracas des armes, est revenue exiger son impôt du sang, cette taxe dont nous ne cessons de payer les arriérés, cette mainmise de l’injustice et de la bassesse, et tel le Roi des Aulnes, elle emporte ses enfants dans sa gueule d’acier où ils disparaissent à jamais.

Et toi, où es-tu donc ?

Si loin et si proche de mon cœur. Si résolu à habiter ma mémoire, à accompagner mes gestes et à compléter mes errements. Je me retiens à cet espoir comme d’autres sombrant dans le vide, se rattrapent aux branches des arbres que leurs corps lourds comme des pierres traversent brutalement. On a tant parlé de ces fantômes qui errent sur les champs de bataille dans les forêts décharnées par la pluie des obus, de ces esprits qui viendront à jamais hanter les bois funestes où le feu a jailli des canons, de ces ombres menaçantes qui parcourent les champs où la bataille a fait rage. À l’heure où j’écris ces mots, le train qui nous emmène, a franchi la frontière avec la France. Encore quelques heures et nous arriverons à destination, à Annemasse. Je n’ai qu’une hâte, c’est de partir te retrouver, me faufiler entre tes bras pendant que tu me murmurerais « Ich liebe dich ».

Ai-je le droit en période de guerre d’aimer un ennemi de ma nation ? Mais avant même que le conflit ne se déclare, toi, Max, tu avais plongé tes mains dans le cambouis de l’usine avec tes camarades de l’atelier. Tu n’avais pas à rougir des plaisanteries sur ton peuple parce qu’elles venaient de tes amis. Mais quels amis quand résonna la sirène du village, annonçant une nouvelle guerre ? Quels amis quand la mobilisation échoit au plus grand nombre ? Quels amis encore lorsque les premières explosions des obus de 75 mm dévastèrent les lignes de front ? Quels amis, enfin, se souvinrent de toi ? La guerre a ceci d’impitoyable qu’elle broie tous ceux qui lui résistent. Elle moud les corps pour en former une matière informe et docile. Les avis ne comptent plus, les amours ne sont plus que des lambeaux détachés de promesses et les amitiés, des débris de serments piétinés.

Tout devient différent parce que c’est la Guerre. Et la Paix se fait attendre, car la Paix n’est pas dans les esprits quand une guerre se déclenche. Il faut du temps, beaucoup de temps, du sang et des morts, des morts inutiles pour évoquer l’esprit de la Paix dans les cénacles de l’Olympe militaire. Mais est-ce réellement la Paix avec un P majuscule, ou plutôt un compromis dont personne ne veut, un traité honni qu’aucun pays n’acceptera ? J’écris, j’écris et je m’égare. À la date où j’écris cette lettre, le 24 décembre 1916, le conflit s’est enlisé et personne ne voit de quelle façon il peut se terminer. La guerre est totale. Des rumeurs courent sur la création d’un Ministère de l’Armement. L’enfer de Verdun est passé par là et depuis plus d’un mois, c’est la Bataille de la Somme, aidée par les Anglais. Une véritable hécatombe. On parle de centaine de milliers de morts. Plus personne ne peut parler de paix, ce mot devient une injure à ceux qui sont revenus des tranchées.

Que va-t-il donc se passer ?

On dit que le Général Nivelle élabore un nouveau plan d’attaque frontale. C’est de la folie, tout le monde le dit. Cela va être un carnage de plus, comme si les vies ne comptaient pas. Le Roi des Aulnes n’est pas loin, à prendre par brassée ces existences jetées pêle-mêle dans une guerre atroce où la violence perpétuelle ensanglante la terre et la poussière. Je pressens les mutineries, les soldats ne se laisseront pas faire, ce ne sera plus possible d’obéir dans ces conditions. Max, Max, je t’en prie, sois vivant et loin de tout cela. Je prie pour que tu ne sois pas derrière une mitrailleuse à faucher tes anciens amis de l’usine. Je prie pour que tu sois loin de ce massacre insensé qui ne verra de fin qu’à l’horizon de nos crépuscules. Le crépuscule d’une humanité barbare. Peut-être qu’un jour les Aulnes se retourneront contre cette bête maléfique qui appelle à la violence. Leur vengeance ne se complètera que dans la mort de la haine et de la bêtise.

Le train arrive à Annemasse. Je vais ranger mes papiers et mon crayon. Cette lettre, je voudrais te l’envoyer, mais comment savoir où tu te trouves ? Une chose est certaine : tu es dans mon cœur, Maxence, tu es dans mon cœur et dans ma tête. Tu es en moi si profondément que même le médecin des âmes le plus intentionné ne saurait découvrir le secret de mes rêveries, de cette langueur indéfinissable qui empourpre mes joues quand j’entends jouer les Variations Goldberg. Toi qui savais si bien les pianoter sur le clavecin à deux claviers qu’oncle Maurice avait ramené d’Allemagne, à une époque où nous n’étions pas en guerre avec le pays de Goethe. Avec ton pays. Mon doux et tendre Maxence.

–        Ich liebe dich, je t’aime…

Marianne

Patrick BÉDIER  © ED2A2018.

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Auteur de polars, romans noirs et nouvelles, Patrick BÉDIER  a obtenu un Premier Prix en 2016 pour La Bataille des Dix Mots. Les Aulnes est un hommage à sa grand-mère maternelle, Germaine Collet, écrivaine à ses heures dont la photo orne la nouvelle.

 

UN AUTRE MONDE

A l’occasion de Radio France fête le livre les 24 et 25 novembre 2018 à la Maison de la radio, Radio France propose une 4e édition du concours Radio France de la micronouvelle en partenariat avec Le Parisien Week-end et france.tvslash.

Le thème 2018 : « Un nouveau monde »

Cette micronouvelle, récit imaginaire, appartenant au genre narratif, doit être rédigée en 1 000 signes (plus ou moins10%), titre (non obligatoire) et espaces compris. Le récit doit comporter une chute. On y retrouve un pouvoir évocateur. Les lieux, les personnages et les actions sont fortement suggérés.

Concours amateurs ouvert à toute personne majeure, résidant en France. 

Mais les auteurs déjà publiés par une maison d’éditions ne peuvent concourir.

Cependant en hommage à un être disparu trop rapidement  et en soutien à toute la famille, « Un autre monde » vient éclairer les lumières de cette nuit trop funèbre où parfois, le désespoir ternit encore plus ce que nous pourrions prendre pour des étoiles alors qu’il suffit d’un clair de lune pour reprendre goût à la vie.

  « UN AUTRE MONDE »

Ma chaudière est en panne et je ne sais pas comment la réparer. Tu me regardes avec de grands yeux vides. Je ne suis pas prête de me réchauffer. C’est pourtant toi le chauffagiste, celui qui réchauffait mon coeur et avait pour mon âme des mots doux. Y a-t-il une seule chance de rompre le malheur par mes prières ? Une seule chance de croire à l’infime avant de se sentir dépossédée par le poids du destin ? Faut-il être fous pour se croire immortels et plonger nos âmes dans la fontaine de nos larmes ? 

Ma chaudière est en panne. Je me sens froide et éteinte. Avec des souvenirs en lettres mortes, cadenassés dans ma mémoire. Nos promenades le long de la Marle, cette rivière de Vannes que nous offre le Morbihan ; les sous-bois du Vallon de Kerlenn qui ont l’éclat mordoré des feuilles où viennent puiser les rayons du soleil quand il ne pleut pas, et le clapotis de la mer qui vient lécher le flanc des optimistes à la presqu’île de Conleau.

Tu es parti dans un autre monde, avant même de me quitter comme s’il suffisait d’un souffle pour disparaître, d’un sourire pour revenir, mais ce n’est pas si simple. Car je sens que la flamme du brûleur de ma chaudière a une vitalité insoupçonnée. Tu es en moi et le feu brûle dans ma tête comme la flammèche qui embrasera mes désirs. © Patrick Bédier, 2018

 

Salon de Châteaubriant 2018

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Et voilà, le Salon du Livre de Châteaubriant a refermé ses portes sur la Halle de Béré. Cela a été comme à chaque fois dans ce salon d’extraordinaires découvertes, de réconfortantes retrouvailles et de joyeux échanges. Car un salon est bien plus qu’un endroit où l’on vend ses livres, il s’agit d’un lieu propice aux échanges. C’est toujours un immense plaisir d’y être. La photo jointe est un clin d’oeil de la plénitude qui y règne : de gauche à droite, Patrick Gillet, lauréat du Concours International Francophone Louis Braille ; Michel Priziac, Président de l’Association des Ecrivains Bretons qui prépare sa conférence sur « Anne de Bretagne » ; moi-même et ma compagne ; et Sophie Herrault pour « Les amants de Lumière ».
Et ce n’est qu’une infime partie de ces tablées extraordinaires où se côtoient auteurs et éditeurs.
Au plaisir de lire et d’écrire…

Rentrée littéraire 2018

Bonjour à tous
Il y a eu la rentrée littéraire officielle, largement médiatisée… et il y a l’autre, celle des auteurs moins connus qui méritent une plus large audience, mais qui n’ont pas les intermédiaires adéquats… Tout vient de là.
Avant toute chose, c’est une rentrée littéraire où les salons du livre sont les lieux de rendez-vous, d’échanges et de rencontres.
Les 29 et 30 septembre, je serai présent avec « mes enfants de papier » au Salon du Livre de Châteaubriant, en Loire-Atlantique pour la deuxième année.
Et nous serons là, plus d’une centaine d’auteurs à vous attendre nombreux dans la Halle de bébé de 11 heures à 18 heures 30.
« Mes enfants de papier » sont :
« LA REVANCHE DES MALINOIS » (2007)
Extrait :
« … La folie des hommes n’est rien d’autre que le fruit d’une alchimie, basée sur le pouvoir tragique de donner la mort et l’insatisfaction légendaire de l’être humain. À partir de là, tout peut venir… » ©
« LES FLEURS DE NOS MENSONGES » (2014)
Extrait :
« … Moi aussi, je suis en taule !!! J’ai des barreaux dans la tête, c’est la prison de mes cauchemars qui ne cesse de ruiner mes nuits…Mes nuits étaient sans sommeil et mes jours portaient les traces du chagrin de la nuit… »©
« IZYA » (2016)
Extrait :
« … Ils sont fous et je les hais. Mon ressentiment est plus fort que l’espoir, ma colère est plus grande que la joie, ma violence est plus douce que leurs larmes… »©
Voir la vidéo :
https://youtu.be/LqC6rltbQHI

Chez le même éditeur, Editions Le Manuscrit

Bien à vous tous
Patrick Bédier

Le secret d’une histoire d’amour’

Bonjour à tous

Je vous rassure, je n’ai pas la prétention de livrer des secrets qui n’en sont pas sur ce qui fait l’alchimie d’une histoire d’amour… J’évoque plus naturellement le poème-acrostiche qui a été primé en 2016 lors de la Bataille des Dix Mots.

En lisant le texte, d’aucuns butaient sur certains termes et m’ont demandé leurs significations et leurs origines. Voici ci-dessous la présentation que j’en ai eu par les organisateurs du concours :

L’édition 2016 « Dis-moi dix mots … en langue(s) française(s) » met à l’honneur les variétés du français. S’il y a une seule langue française partagée par 274 millions de locuteurs dans le monde, celle-ci est riche de la diversité de ses expressions. 

Les dix mots choisis invitent à partir à la découverte du français parlé dans les différents territoires de la Francophonie : en France « chafouin » et « fada», au Québec « poudrerie » et « dépanneur », en Belgique « lumerotte » et « dracher », en Suisse « ristrette » et « vigousse », en Haïti « tap-tap » et au Congo « champagné ». Ces mots sont autant de propositions pour stimuler la créativité littéraire et artistique de nos concitoyens. 

Une essencerie est une station-service au Sénégal, tandis que l’essence désigne le parfum en Louisiane, un plat que nous désignerions comme savoureux en France est goûté à l’île Maurice, tandis que les abribus sous lesquels nous patientons sont des aubettes en Belgique… 

Notre langue n’est pas uniforme, mais au contraire riche de termes et d’expressions qui expriment des réalités et des cultures différentes, selon que l’on se trouve à Bruxelles, Kinshasa, Genève, Port-au-Prince, Montréal ou Paris. 

En règle générale, la diffusion de ces termes n’excède pas les territoires où ils sont en usage. Si l’on s’en tient à la liste qui est proposée, une poudrerie est inconcevable en Haïti, où il drache assez peu, et commander un ristrette dans un café marseillais risque de vous faire passer pour un fada ! Et pourtant, avec un peu d’imagination ou de curiosité, on peut comprendre que lumerotte n’est pas sans lien avec la lumière et tap-tap avec un moyen de transport inconfortable… 

Ces particularismes lexicaux fécondent le français, sans pour autant empêcher la communication dans une langue partagée. Ils nous font percevoir que chaque francophone est porteur d’un imaginaire et d’une identité singuliers, qui enrichissent et nourrissent les échanges avec les francophones du monde entier. 

EXPLICATIONS :

Chafouin (ine) [ʃafwɛ̃ , in] n. Employé en France.
ÉTYM. 1611 « putois » ; 1508, terme d’injure ; terme dialectal ; de chat, et fouin, masc. de fouine. n. vx. Personne qui a une mine sournoise, rusée. Une mine de chafouin. Une chafouine.
Adj. Mod. Rusé, sournois. Air chafouin. Mine chafouine.
Source : le Grand Robert, 2015

Dis-moi dix mots… en langue(s) française(s) –

Champagné

Champagné, par Atelier Pentagon  n. m. Employé au Congo.
Personne d’influence, aux nombreuses relations.
Source : Loïc Depecker, Petit dictionnaire insolite des mots de la francophonie, Paris, Larousse, 2013

Dis-moi dix mots… en langue(s) française(s) –

Dépanneur n. m. Employé au Québec.
Petit commerce, aux heures d’ouverture étendues, où l’on vend des aliments et une gamme d’articles de consommation courante. – Au Québec, le terme dépanneur s’est bien implanté. Il est même repris en anglais comme synonyme de convenience store. Source : Grand dictionnaire terminologique, 2015

Dis-moi dix mots… en langue(s) française(s) –

Dracher [dʀaʃe] v. Employé en Belgique. Il drache v. impers. FAM. Il tombe une pluie battante ; il pleut à verse. Il drache depuis le matin. Voir drache, doucher. – Vitalité élevée et stable, en Wallonie comme à Bruxelles. – Également employé dans le Nord de la France (Nord-Pas-de-Calias, Ardennes), ainsi qu’au Congo-Kinshasa et au Rwanda. – Emprunt au flamand draschen « pleuvoir à verse » (néerl. standard stortregenen). Voir drache*. Source : Michel Francard, Geneviève Geron, Régine Wilmet, Aude Wirth, Dictionnaire des belgicismes, De Boeck-Duculot, 2010

Dis-moi dix mots… en langue(s) française(s) –

Fada [fada] adj. et n. m. Employé en France.
ÉTYM. xxe, pour l’orth. actuelle ; xvie, fadas, fadasse, fadat ; cf. Huguet, cit. Brantôme, d’Aubigné ; provençal mod. fadas ; anc. Provençal fadatz, dér. de fat « sot, niais », du lat. fatuus « insensé » 1. Régional (Midi) Un peu fou ➙ cinglé. Il est un peu fada : il en est entiché, il en est fou.
2. N. m. Simple d’esprit ➙ fou. La maison du fada : sobriquet donné par les Marseillais à une construction

d’habitation dessinée par Le Corbusier.
Source : le Grand Robert, 2015

Dis-moi dix mots… en langue(s) française(s) –

Lumerotte, par Atelier Pentagon [lymRᴐt] n.f. Employé en Belgique. 1. Source de lumière de faible intensité. Mettre une lumerotte dans la chambre à coucher de la petite. Je n’arrive pas à lire avec cette lumerotte.
2. Légume (betterave, potiron, citrouille, etc.) évidé et percé de petites ouvertures, dans lequel on place une source lumineuse. Atelier de création de lumerottes. Faire des lumerottes pour la fête d’Halloween. – Vitalité peu élevée en Wallonie et très faible à Bruxelles. On notera toutefois que ce mot connaît un récent regain grâce aux activités organisées à l’occasion d’Halloween (tradition importée, mais qui se diffuse en Belgique), durant lesquelles les enfants se promènent avec des lumignons.
– Équivalents en fr. de référence : 1. lumignon, connu en Belgique francophone ; 2. citrouille (le plus souvent, ou un autre légume), également employé en Belgique francophone. – Emprunt au wallon/picard lumrote, loumrote, leumrote (mêmes sens). Source : Michel Francard, Geneviève Geron, Régine Wilmet, Aude Wirth, Dictionnaire des belgicismes, De Boeck-Duculot, 2010

Dis-moi dix mots… en langue(s) française(s) –

Poudrerie, par Atelier Pentagon n. f. Employé au Québec.
– Neige poussée par le vent pendant qu’elle tombe.
– Neige déjà au sol qui est soulevée et poussée sous l’effet du vent.Source : Grand dictionnaire terminologique, 2015

Dis-moi dix mots… en langue(s) française(s) –

Ristrette, par Atelier Pentagon. Employé en Suisse.
n. m. Petit café très fort, fait à la vapeur au percolateur.
Boire un ristrette au bar à café.
(Exc., au pluriel) Des ristretti.
Rem. Correspond à ce que l’on appellerait en France un express serré.
Emprunt à l’italien (caffè) ristretto « (café) bien tassé, serré », avec francisation de la finale pour la variante

ristrette, qui est la seule vraiment courante à l’oral.
adj. Au sens métaphorique (souvent en lien avec le temps), serré, limité. Rem. Le terme, essentiellement utilisé dans l’expression « c’est ristrette », s’emploie fréquemment à l’oral, mais se rencontre rarement à l’écrit. L’utilisation de ristrette comme adjectif n’a d’ailleurs pas encore d’entrée dans le Dictionnaire suisse romand. Source : André Thibault, Pierre Knecht, Dictionnaire suisse romand, Zoé, 2012

Dis-moi dix mots… en langue(s) française(s) –

Tap-tap n.m. Employé en Haïti.
En Haïti, camionnette servant au transport en commun dont la carrosserie s’orne de peintures naïves représentant des scènes de la vie quotidienne.
Source : Stanley Péan [auteur québécois d’origine haïtienne], Zombi blues, éditions de la Courte Échelle, Montréal, Québec, 1996

Dis-moi dix mots… en langue(s) française(s) –

Vigousse 

Adj. Employé en Suisse. Vigoureux, vif, plein de vie, alerte (d’une personne) ; vigoureux, fort, robuste, résistant (d’un animal, d’une plante). Pour son âge, mon grand-père est encore bien vigousse. Il n’est pas très vigousse, ton hibiscus. C’est le nouveau-né le plus vigousse que j’aie jamais vu. T’as pas l’air vigousse pour un sou, t’es malade ou quoi? Rem. Rare dans la langue écrite ; pratiquement inusité dans la langue littéraire. Première attestation en Suisse romande : 1887. On trouve le mot sous la plume de Flaubert dès 1848 (« c’est d’une vigousse et d’une bestialité inouïes », Par champs et par grèves), de même que chez les Frères Goncourt (Journal, juillet 1869 et janvier 1889), mais à chaque fois comme substantif féminin, avec le sens de « vigueur ». Dans Les Valseuses de B. Blier (1972), en revanche, on rencontre le mot en fonction d’adjectif : « Et ils trouvaient quand même la force, ces feignants, de nous faire au passage un bras d’honneur vigousse, ou de nous envoyer des baisers sonores. » La forme vigousse a aussi été relevée dans le Haut-Jura et à Nancy. Remarque : À noter que « Vigousse » est par ailleurs le nom d’un hebdomadaire satirique romand, créé en 2009. Source : André Thibault, Pierre Knecht, Dictionnaire suisse romand, Zoé, 2012

 

Et voici… « UNE HISTOIRE D’AMOUR » :

L orsque tout devient plus incertain,

A u-delà des moments opportuns,

L es images s’entremêlent dans les esprits.

A l’énoncé de nos douces rêveries,

N ous devinerons le tap-tap peinturluré

G agnant à travers la blanche poudrerie

U n sommet de la grande montagne.

E st-il fada, le chauffeur ?

F ait-il cela par amour ou par bravoure ?

R arement, il a affronté une drache

A vec autant d’énergie et de bonheur.

N éanmoins, le vigousse bonhomme

C omplète sa certitude par un élan du coeur,

A vec une pensée de plus pour le dépanneur.

I l se souvient de l’odeur chaude du ristrette,

S urtout du parfum de cette femme au regard si peu chafouin.

E spérant la revoir au petit commerce,

V olontiers, il lui parlera

O u mieux, lui déclarera sa flamme.

U ne histoire d’amour s’annonce

S ur fond de lumerottes tamisées.

S ouvent, il pense à elle et à son père,

A ce champagné influent qui viendra à sa rencontre.

L orsqu’il verra la fille sur les marches,

U n grand trouble s’emparera de lui

E t brûlera son âme de morsures infinies.© Patrick Bédier, 2016

 

Concours littéraire de l’Association des Ecrivains Bretons

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Bonjour à tous

L’AEB organise en 2018 un concours d’écriture du 1er janvier au 30 septembre 2018, intitulé « LETTRE ou COURRIEL », ouvert à toute personne de plus de 18 ans.

À titre d’inspiration, mais sans obligation de les reproduire, voici des phrases extraites des ouvrages de la romancière–épistolière, Claire Fourier, Plus marine que la mer (Éditions Le Serpent à plumes) et Il n’est feu que de grand bois (Éditions La Différence).

Entre deux extraits, j’ai choisi celui-ci : 

« Me voici au bord de la mer, Rolf. J’avais besoin d’être seule et triste à ma guise. Besoin de pouvoir être dans la lune, même à table. Je ne voulais plus que l’on me dise : « À quoi penses-tu ? », ne supportais plus la conversation du « légitime »… (extrait de Il n’est feu que de grand bois).

Je vous propose mon oeuvre, intitulé « LE GRISARD », en souvenir d’un séjour magnifique sur la Côte Atlantique lors du Salon du Livre de Kercabellec. Nous étions à Mesquer, près de Quimiac. C’est un hommage à la Bretagne et aux liens indéfectibles tissés entre une mère et sa fille. Un hommage à la mer. La mère et la mer ne faisant qu’une…

                                                                     

                                                                    « LE GRISARD »

Ma chère enfant,

Je t’écris parce que tu me manques. Ton absence m’est aussi douloureuse que la piqure des méduses quand nous allions nous baigner dans la Baie du Cabonnais à Mesquer, t’en souviens-tu ? T’en souviens-tu de ces moments inespérés où nous nous retrouvions enfin seules sans chercher à fuir les regards des autres, ces autres dont tu craignais tant les commentaires acerbes.

Tu es partie, trop lasse pour lutter, mais si courageuse à la fois, prompte à renverser les montagnes pour t’offrir ce que je n’ai pas eu, la liberté infinie d’imaginer l’horizon sans les entraves de nos destins corsetés. Quelle folle audace… Tu n’avais pour maître mot que cette hardiesse dont je ressasse maintenant les effets sur mon entourage. On me traite de folle, moi, ta mère, pour n’avoir pas su distinguer ces éclairs d’insolence dans ton regard et ce comportement dont tu avais fait preuve après que ton père t’aie déclarée suffisamment mature pour épouser le riche Madec.

Tu es partie en me laissant ce billet, glissé sous mon oreiller. Un message écrit du plus bel élan, celui de la jeune femme dont le coeur palpite à l’idée de monter seule dans un train pour gagner une ville inconnue. La capitale ou ailleurs. Loin, loin du clapotis des vagues, de ce ressac infini d’une mer infidèle, mais qui ne cesse de revenir lécher les rochers de son sel. Tout cela ne te manque-t-il pas ? Et les plaintes des mouettes dans le ciel quand elles font leur sarabande le soir venu dans des tourbillons insensés de danseuses du Bolchoï ? Et ces couchers de soleil, roi du ciel et complice de la lune, quand il s’écrase lentement à l’horizon de l’océan jusqu’à ne plus être que le point insignifiant de sa grandeur déchue ?

Moi, j’ai besoin de cette mer qui m’inonde, de cette odeur d’iode qui me fait chavirer, du souffle du vent dans les pins qui m’envoient leurs aiguilles. Je ne saurais oublier le moment précis où tu as évoqué ton envie de tout quitter. C’était un matin d’avril, un de ces matins où la terre exhale ses parfums après la pluie, où les sous-bois qui longent la mer ont le charme des temples enfouis et les rochers escarpés de la côte, l’invitation improbable au danger. La bruyère sauvage frisotait sous le vol rasant des goélands. Leur chant avait cette plainte victorieuse des oiseaux de proie chassant les poissons à la surface de l’eau.

Une torpeur indéfinissable engourdissait mon esprit. Tout me paraissait si irréel, jusqu’à la pâleur du soleil et cette faïence d’un ciel délavé auquel j’accrochais mes pensées fugaces. Et avec l’énergie du désespoir, tu me parlas de ton projet, tu n’avais plus envie d’écouter les reproches de ton père ni ceux de ma soeur. Tu voulais partir, loin, le plus loin possible de la Bretagne, tu voulais découvrir le monde, dévoiler ses sens et goûter à ses interdits, tu voulais tout et tant à la fois.

Et moi, je regardais la mer pour contenir mes larmes. La mer, cet océan de couleurs sombres, emportait mes envies de pleurer. J’avais besoin d’être seule et triste, sans avoir à justifier mon humeur maussade ni les larmes qui menaçaient de rouler sur mes joues. D’une façon subtile, le chagrin avait pénétré mon coeur comme les griffes d’un animal marquent la peau de sillons sanglants. Un besoin étrange de liberté empoignait tes envies. Tu ne pouvais plus supporter la conversation des uns et des autres, de cette banalité qui rythmait ton existence. Te réfugier dans les songes et oublier de répondre. En avais-tu le droit ? Seulement la possibilité, rompre le pacte social d’une conversation inutile avec des gens si peu intéressants. Hugo disait : «  Il y a souvent plus de choses naufragées au fond d’une âme qu’au fond de la mer. » Il n’avait pas tort car le poète a toujours raison, dit-on.

Tu étais là, à m’apprendre l’impensable, ce que toute mère redoute et pense comme inéluctable tout en refusant les évidences. Partir, mais où ? Tu es si jeune et si belle. Une proie tentante pour n’importe quel Don Juan de pacotille qui te fera mirer ces exploits imbéciles. Mais je m’égare car tu es fait d’un bois solide, celui des pins qui plient sous le vent, mais ne rompent pas.

Tu es partie et nous sommes, ton père et moi à fixer l’océan dans nos fauteuils d’osier sur la terrasse de la grande maison, face à la Pointe du Touru, à Quimiac où nous passons tous les étés. Nous guettons l’improbable et sans nous le dire car nous pensons à toi, à ce déchirement de l’âme qui rend les matins tristes et les nuits silencieuses. Il y a parfois comme une forme d’irrationalité quand le coeur s’ébroue car je ne me souviens plus pour quelle raison j’ai tressailli en voyant ce goéland virevolter autour de nous, un peu égaré loin du rivage et de ses frères. C’était un « grisard », un jeune qui n’avait pas encore le plumage de ses aînés. Tandis que le clapotis des vagues rythmait nos interrogations, il eut le comportement apaisé d’un être ayant pour notre habitat l’envie de se poser. Je pensais à toi, jeune femme libre et déterminée qui avait quitté ses pairs pour s’envoler vers d’autres cieux. Le grisard étira ses ailes d’une belle envergure en lâchant son pleur, sa lamentation, son cri et je compris à cet instant que tu reviendrais un jour. Et lui, messager de bel augure, aura-t-il la constance des amis fidèles qui n’ont pas le sourire facile ? Les plumes lissés par le noroît et le soleil humide, le jeune goéland m’apprit à être patiente, à laisser mon oisillon revenir vers la maison.

Porte toi bien, mon amour.

Je t’aime.

Ta maman. © 2018, Paris

Séjour balnéaire… et littéraire

Le 10ème Salon du Livre de Kercabellec a pris fin dimanche vers les dix-huit heures avec pour thème succulent : « Gourmandises et délices de bord de mer. »

Les huîtres de Kercabellec étaient là pour faire éclater nos papilles avec ce délicieux petit  Muscadet dont tous les Nantais ont en mémoire les arômes floraux et fruités.

Cela a été une journée exceptionnelle par la chaleur estivale et une organisation sans reproche. Il n’y a pas lieu de tergiverser quand s’expriment avec volonté les efforts de tous les bénévoles afin qu’un salon littéraire se tienne contre vents… et marées.

Normal, nous sommes en Bretagne !!!

Je remercie tous ceux qui ont liké mon post sur Facebook. Du jamais vu à l’aune de ma propre expérience : 134 likes et 47 partages. Merci aussi à ceux qui se sont déplacés et ont acheté mes livres à mon stand. Merci, merci et merci.

Prochains rendez-vous au Salon du Livre de Chateaubriant les 29 et 30 septembre de retour en Loire-Atlantique et au Salon du Livre Dédicacé à Moret sur Loing le 14 octobre en Seine et Marne pour finir l’année 2018 et enchaîner sur 2019 au Festival du Livre de Mennecy dans l’Essonne le 2 et 3 février.

Au plaisir…

 

sdr

 

Salon du livre de Kercabellec

Bonjour à tous

Le 5 aout, je serai présent avec « mes enfants de papier » au 10ème Salon du Livre de Kercabellec en présence de grands noms tels Gilles Servat et Nicolas Silberg, sociétaire honoraire de la Comédie Française.

« Gourmandises et délices de bord de mer », n’est-ce pas une invitation savoureuse quand les huîtres de Kercabellec y seront proposées avec les crêpes bio et de bons petits plats car en Bretagne, on sait vivre et on sait accueillir.

Gilles Servat,  c’est « Touche pas à la blanche hermine », un hommage perpétuel à la Bretagne. Nicolas Silberg, c’est « Dom Juan » de Molière, c’est « La volupté de l’honneur » de Pirandello, c’est « La Cerisaie » de Tchekhov… Tout un programme.

Et nous serons là, plus d’une centaine d’auteurs à vous attendre nombreux dans la grande salle L’Artymès, son barnum et la coursive de 10 heures à 18 heures.

« Mes enfants de papier » seront là aussi, tels :

« LA REVANCHE DES MALINOIS » (2007)
Extrait :
« … La folie des hommes n’est rien d’autre que le fruit d’une alchimie, basée sur le pouvoir tragique de donner la mort et l’insatisfaction légendaire de l’être humain. À partir de là, tout peut venir… » ©

« LES FLEURS DE NOS MENSONGES » (2014)
Extrait :
« … Moi aussi, je suis en taule !!! J’ai des barreaux dans la tête, c’est la prison de mes cauchemars qui ne cesse de ruiner mes nuits…Mes nuits étaient sans sommeil et mes jours portaient les traces du chagrin de la nuit… »©

« IZYA » (2016)
Extrait :
« … Ils sont fous et je les hais. Mon ressentiment est plus fort que l’espoir, ma colère est plus grande que la joie, ma violence est plus douce que leurs larmes… »©

Chez le même éditeur, Editions Le Manuscrit

Bien à vous tous

Patrick Bédier

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Invitations aux salons…

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Par le biais des rencontres, parfois improbables, des échanges, souvent riches en émotions humaines, grâce à ma maison d’éditions, mais aussi  aux réseaux sociaux qui sans eux, nous serions si démunis, à vociférer dans le noir sans aucun espoir d’être entendus, nous, les auteurs, allons à la rencontre des lecteurs.

Les salons littéraires sont les lieux où enfin, nous apparaissons à la lumière.

De 2008 pour la sortie de « La Revanche des Malinois » où j’ai foulé le sol du grand Salon de Paris, Porte de Versailles, et Sciences-Po pour la 61ème journée dédicaces, jusqu’au Salon du Livre de Loches en avril 2018, en passant par des Rencontres sur les lieux de travail, « mes enfants de papiers » sont à l’honneur sur les tréteaux nappés de tissus colorés. Salon du Livre de Barbâtre sur l’île de Noirmoutier, salon du Livre de Canisy dans la Manche, salon du Livre de Pornic et salon du Livre de Châteaubriant en Loire-Atlantique, salon du Livre de Moret sur Loing en Seine-et-Marne, grand festival du Livre à Mennecy dans l’Essonne…

Et le prochain, le 5 aout au Salon du Livre de Kercabellec en Bretagne…

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Mon prochain roman… « MISS BIRDIE »

 

 Il sera un hommage au golf et à la Bretagne. Au golf, à ce sport si difficile, hautement technique et si réjouissant à la fois quand on commence à maîtriser la petite balle blanche. À la Bretagne qui m’a vu naître et dont je suis attaché et par mes racines et par ma sensibilité. Je vous propose en avant-première le pitch de « MISS BIRDIE » :

 

Golf de Gwegen, un dix-huit trous près de Laouenan dans le Morbihan. Stupeur, Aurélien Brezhonek, l’unique professeur du golf, a été kidnappé. Ses ravisseurs exigent trente mil- lions d’euros en échange de sa vie. Mais qui est cet homme pour que son existence vaille autant d’argent ? Brezhonek est une ancienne star des greens, ex-numéro un mondial dont la chute abyssale dans les classements lui a coûté sa fortune, sa réputation et son honneur. Cette disparition va éveiller des jalousies et des rancoeurs quand se mêle à la danse une mystérieuse maîtresse des Balkans qui obligée à la clandestinité, manie les clubs comme une magicienne. Cette femme a l’habileté des plus grandes golfeuses, on la surnomme : Miss Birdie. Jouet machiavélique d’un esprit retors, il lui faudra se battre pour renverser une tendance destructrice.

Grand amateur de golf, joueur passionné par ce sport hautement technique et si difficile, Patrick Bédier vous entraînera dans le secret des vieilles familles bourgeoises, jalouses de leurs privilèges. Vous découvrirez une comédie humaine où les migrants ont une carte à jouer et les autochtones, de nobles sentiments à révéler. Peinture de notre société ac- tuelle confrontée au racisme et à la violence, « MISS BIRDIE » est le roman de la vitalité et du courage, de l’amour et de la solidarité.

Mais bien plus que cela, je vous invite à découvrir le golf, le décortiquer du carcan des idées reçues. Grâce à « MISS BIRDIE », vous entrez littéralement dans la vie d’un club… Vous faites partie du club…
Bonne lecture… et bon golf !!!